Article rédigé parPatrick ConrathGérant PrivéCe que la Suisse n'offre plus
L’image du compte suisse vient d’une époque révolue. Depuis 2017, la Suisse transmet chaque année au fisc français les soldes et les revenus des comptes détenus par des résidents français : c’est l’échange automatique d’informations, le même que celui qui s’applique au Luxembourg. Le secret bancaire n’existe plus vis-à-vis de l’administration française, ni d’un côté ni de l’autre.
Dans les deux cas, le compte ou le contrat se déclare chaque année avec la déclaration de revenus, sur le formulaire 3916-3916 bis. L’oubli coûte 1 500 € d’amende par compte non déclaré, sans compter le rattrapage de l’impôt.
Il faut donc partir d’un principe simple : placer son argent hors de France ne fait pas payer moins d’impôt. Ce qu’on va chercher à l’étranger, c’est une meilleure protection, l’accès à d’autres devises, une gestion plus ouverte. La vraie question devient : lequel des deux pays apporte ces avantages sans les payer ailleurs ?
Ouvrir un compte en Suisse quand on vit en France
Beaucoup de clients pensent qu’il suffit de prendre rendez-vous dans une banque genevoise. En pratique, les banques suisses sont devenues prudentes avec la clientèle française. Pour servir un résident français, elles doivent respecter les règles françaises et européennes de commercialisation, et une partie d’entre elles a tout simplement choisi de ne plus le faire, au moins sur les comptes de détail.
Celles qui acceptent demandent en général un dépôt de plusieurs centaines de milliers de francs, un passage physique en Suisse pour l’ouverture, et un dossier complet : origine des fonds, justificatifs de conformité fiscale, parfois un historique de patrimoine. Il faut compter plusieurs semaines.
Nous travaillons avec des cabinets de gestion de patrimoine installés en Suisse, qui suivent des clients résidents suisses. Quand un résident français les contacte, leur réponse est souvent la même que la nôtre : l’ouverture est compliquée, et une fois le compte ouvert, l’intérêt reste faible tant que le client vit en France.
La fiscalité : là où tout se joue
Un résident fiscal français est imposé en France sur l’ensemble de ses revenus, où qu’ils soient perçus. C’est donc l’enveloppe qui fait la différence, pas le pays.
Un compte-titres suisse
En Suisse, on place le plus souvent son argent sur un compte-titres, en gestion libre ou sous mandat. Pour un résident français, chaque dividende, chaque coupon et chaque plus-value réalisée est imposé l’année même, à la flat tax de 31,4 %. Un arbitrage dans le portefeuille déclenche l’impôt.
S’y ajoute l’impôt anticipé suisse : 35 % sont prélevés à la source sur les dividendes des actions suisses. La convention franco-suisse ramène la charge définitive à 15 %, qui s’impute ensuite en France, mais les 20 points d’écart ne reviennent pas tout seuls : il faut les réclamer à l’Administration fédérale des contributions, ligne par ligne. Sur un portefeuille investi en Nestlé, Roche ou Novartis, ce n’est pas anecdotique.
Et l’assurance-vie suisse ?
Elle existe, mais elle est pensée pour les résidents suisses. La Suisse ne fait pas partie de l’Espace économique européen : ses assureurs ne peuvent pas proposer librement leurs contrats en France, et les offres adaptées à la fiscalité française sont rares. Les grands groupes suisses qui veulent servir la clientèle européenne le font d’ailleurs depuis leurs filiales luxembourgeoises.
Un contrat luxembourgeois
L’assurance-vie luxembourgeoise souscrite par un résident français suit la fiscalité de l’assurance-vie française. Tant que l’argent reste dans le contrat, les arbitrages ne coûtent aucun impôt. Au retrait, seuls les gains sont imposés, avec après huit ans un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple). Au décès, chaque bénéficiaire reçoit jusqu’à 152 500 € hors droits de succession sur les primes versées avant 70 ans.
C’est là que l’écart se creuse sur la durée. Sur un portefeuille de 1 M€ qui tourne normalement, le compte-titres paie l’impôt chaque année, le contrat le reporte au jour où vous en avez besoin. Faites le calcul avec vos chiffres :
net d'impôt, en cas de retrait total au terme
Frais, transmission, devise : un conseiller chiffre avec vous les deux options.
* Hypothèse de rendement constante et purement illustrative, pour un résident fiscal français, personne seule. Compte-titres : flat tax de 31,4 % sur la part des gains imposée chaque année, puis sur le solde à la sortie. Contrat luxembourgeois en unités de compte : prélèvements sociaux de 17,2 % et impôt sur le revenu de 12,8 % (7,5 % après 8 ans sur la part liée aux 150 000 premiers euros de primes, après abattement de 4 600 €). Hors frais, hors contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et hors retenues à la source étrangères. Ne constitue ni un conseil fiscal ni un conseil en investissement ; les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital.
Le simulateur a aussi sa propre page, avec ses hypothèses détaillées.
Protection des avoirs : deux logiques différentes
La Suisse a une réputation de solidité méritée : stabilité politique, franc fort, banques très capitalisées. Si votre banque suisse faisait faillite, vos titres ne tomberaient pas dans la masse : ils sont conservés séparément de son bilan. Les liquidités, elles, sont garanties à 100 000 CHF par client et par banque.
Le Luxembourg protège à un autre niveau, celui du contrat. Avec le triangle de sécurité, les avoirs sont déposés chez une banque dépositaire, hors du bilan de l’assureur, sous le contrôle du Commissariat aux Assurances. En cas de faillite de l’assureur, le super privilège fait passer les souscripteurs avant tous les autres créanciers, sans plafond.
Sur ce terrain, les deux pays sont sérieux. Le Luxembourg ajoute simplement une couche juridique que la Suisse n’a pas pour l’épargnant étranger, et il se trouve dans l’Union européenne, ce qui simplifie tout le reste : libre circulation des capitaux, contrats commercialisables en France, droit européen en cas de litige.
Le franc suisse sans compte en Suisse
Le meilleur argument de la Suisse, c’est sa monnaie. Le franc a traversé les crises de ces quinze dernières années en s’appréciant face à l’euro, et beaucoup de clients veulent une partie de leur patrimoine dans une devise qui ne dépend pas de la zone euro.
Ce n’est pas une raison d’ouvrir un compte à Genève. Un contrat luxembourgeois peut être libellé en francs suisses, ou loger des actifs en francs à côté d’une poche en euros et d’une poche en dollars. Les banques dépositaires luxembourgeoises avec lesquelles nous travaillons tiennent les comptes dans toutes les devises.
Et pour les clients attachés à une signature suisse, il y a un détail que l’on oublie : Swissquote et Edmond de Rothschild, deux groupes suisses, ont chacun une banque au Luxembourg qui peut servir de dépositaire pour un contrat. On garde la banque suisse, avec le cadre luxembourgeois. Nous les comparons dans notre article sur les banques dépositaires au Luxembourg.
Le comparatif en un tableau
| Critère | Compte en Suisse | Contrat luxembourgeois |
|---|---|---|
| Fiscalité pour un résident français | Imposition en France chaque année (flat tax 31,4 % sur dividendes, coupons et plus-values réalisées) | Fiscalité de l'assurance-vie française : rien à payer tant qu'on ne retire pas, abattement après 8 ans |
| Retenue à la source locale | 35 % sur les dividendes suisses, dont 20 points à réclamer à Berne | Aucune pour un résident français |
| Protection des avoirs | Titres séparés du bilan de la banque ; dépôts garantis à 100 000 CHF | Triangle de sécurité et super privilège, sans plafond |
| Transmission | Le compte entre dans la succession, démarches des héritiers auprès de la banque | Clause bénéficiaire, abattement de 152 500 € par bénéficiaire (primes versées avant 70 ans) |
| Devise | Franc suisse natif | Franc suisse, dollar, euro : au choix, dans le même contrat |
| Ouverture | Sélective : beaucoup de banques refusent les résidents français ou fixent un ticket élevé | Dès 250 000 € selon la banque dépositaire, à distance |
Pour un résident fiscal français, règles en vigueur en 2026. Le ticket d’entrée au Luxembourg dépend de la banque dépositaire choisie.
Quand la Suisse a vraiment du sens
Nous ne disons pas que la Suisse n’a jamais d’intérêt. Elle en a, mais pour des situations précises :
- vous préparez une installation en Suisse, ou vous y travaillez déjà comme frontalier et vos revenus sont en francs ;
- vous possédez un bien en Suisse et voulez une banque sur place pour le financer et le gérer ;
- votre patrimoine financier se compte en dizaines de millions et vous voulez répartir le risque bancaire entre plusieurs juridictions, en plus d’un contrat luxembourgeois.
En dehors de ces cas, pour quelqu’un qui vit en France et compte y rester, le contrat luxembourgeois fait tout ce qu’on attend d’un compte en Suisse, avec une fiscalité bien plus favorable. Quand un client part réellement s’installer en Suisse, nous le mettons en relation avec nos confrères sur place, qui connaissent la fiscalité locale mieux que nous.
Si vous hésitez encore, commencez par lire comment se déroule un investissement au Luxembourg en 3 étapes, puis parlons de votre situation.







